Ségolène Royal a pris le temps qu'il fallait. Elle a laissé passer la tornade, le "déluge", "avalanche d'ouvrages à charge". Elle a laissé passer la chevauchée de "ses" redresseurs de tort indignés, venus chacun rétablir la vérité, leur vérité propre, et qui ont si peu bénéficié des relais médiatiques ; dans l'ordre P.Menucci, F.Rebsamen puis J.Dray. Mais aussi B.H.L, dont ce n'était pas le sujet principal, mais qui a oeuvré, et qui, en ce qui le concerne est un vieux routier de l'exposition médiatique. Le livre de Ségolène Royal est paru hier. Dès la fin de la semaine passée, les médias en ont extrait deux ou trois "croustillances"qui pourraient laisser penser que le livre est un livre-spectacle, pétri de révélations sensationnelles. Ce serait faire injure à la richesse et à la profonfondeur de ce qu'elle y exprime.
Lisez-le. Il est passionnant. Ce n'est pas qu' un livre-bilan. C'est surtout un livre-étape. De ces étapes où l'on examine le chemin parcouru, où l'on reprend des forces afin de mieux repartir.
Il est introduit par "Ce que j'ai à vous dire"
extrait : "cette élection était gagnable, oui. Mais il aurait fallu pour cela que nous fussions tous unis à gauche.Unis comme les doigts d'une seule main. Unis comme un vrai parti. Il aurait fallu que ne soit pas entretenu le doute sur la capacité de la candidate, la cohérence des équipes futures et le volontarisme collectif. Il aurait fallu une vision claire de l'état de la France et un travail préalable de longue haleine. Il aurait fallu aussi être conscient beaucoup plus tôt de la force d'organisation et de l'importance des moyens de l'adversaire plutôt que de croire, une fois de plus, que la droite allait se déchirer..."
Le retour sur la campagne occupe le quart du livre. Il s'intitule "Le parcours de la combattante". C'est sans concession, sans pathos particulier. Elle y dit la vérité de ce que nous avons suivi de près sur les erreurs, les mauvais procès, les faiblesses de timing, l'affadissement de la force de ses idées entre la pré-campagne et le programme de la campagne, la période de flottement stratégique de janvier/début février, le manque de solidarité.
extrait : "Oui, cette campagne était baroque, à l'image de la candidate. Oui, l'organisation de bric et de broc a créé des dizaines de malentendus impossibles à dénouer.Oui, personne n'a eu suffisamment de sagesse et de force de caractère pour dépasser les divisions, les amertumes, les blessures de l'ego afin de créer l'union sans laquelle aucune victoire n'est possible. Oui, le manque de travail et de réflexion collective du parti sur tous les grands sujets économiques ou internationaux a freiné l'élan de la primaire...." ..."Tout est question de cohérence, de forces qui se multiplient et de jonction parfaite entre une personnalité, un parti qui la porte, une ligne et les désirs profonds d'un pays..." "Il faut les voir, alignés au premier rang. Elle en est presque gênante cette attitude discourtoise."
Elle rend hommage à ses "première ligne" à la présence si forte et si indispensable quand les autres faisaient défaut : J-P.Chevènement, Ch.Taubira, B.H.L, F.Rebsamen, J.Dray, J-P.Mignard, qui complétaient les équipes habituelles.
Un autre quart du livre est consacré à "La machine de l'adversaire : l'argent, les médias et les sondages" La lucidité de S.Royal sur la machine de guerre de N.S. est percutante. Devant cette synthèse on a en effet le sentiment que le "camp" de Ségolène se battait avec arcs, flèches et lances contre l'artillerie lourde du camp adverse. Cette partie se lit comme un thriller... Elle en tire les leçons.
Extrait : "...Le moins que l'on puisse dire est que mon adversaire n'a pas pèché par amateurisme, il y a nécessité , si nous voulons être de taille pour la prochaine manche, de rééquilibrer les rapports de force, avec nos valeurs et nos outils, en prenant lucidement la mesure du pouvoir de suggestion et d'intoxication qu'il nous faudra affronter...." " ...nous devons (d') être demain correctement équipés pour nous affronter à armes égales."
Le troisième quart du livre est consacré à ce qui lui paraît le plus porteur d'espoir pour l'avenir "L'autre moitié du ciel : candidate mais femme" . C'est peut être la partie la plus passionnante. Le sexisme bien sûr mais aussi le soutien de tellement d'hommes qui ont franchi le pas ; le vote des femmes, non particulièrement démarqué mais le vote plus sensible de femmes jeunes, éduquées et actives pour elle et a contrario le vote plus favorable à N.S. des femmes "âgées"retraitées. il lui aurait fallu convaincre un million de celles-ci pour gagner, mais elle a manqué des analyses, et par la même des arguments et surtout du temps pour le faire. Néanmoins, elle qui est arrivée à la politique par le chemin du féminisme, conclut que "plus rien ne sera comme avant"
Extrait : "...cela s'appelle une défaite. Mais l'histoire nous apprend que les batailles perdues sont ce qu'on en fait : l'alibi d'un renoncement ou l'appui d'un élan à poursuivre"..."Peut-être n'était-il pas possible de réussir du premier coup cette triple révolution : une femme à l'Elysée, une autre manière de concevoir la politique et de pratiquer le dialogue avec les Français, l'accouchement dans l'urgence d'un socialisme en phase avec son temps et d'une discipline nécessaire à la victoire." " ...être une femme dans cette campagne, au fond, ce fut une chance car ce que nous avons inscrit dans l'histoire de France et la mémoire collective ne pourra plus être balayé. Ce fut une fierté, une difficulté supplémentaire à court terme, un atout à long terme." "L'acquis de 2007 ce n'est pas seulemnt cela mais c'est aussi cela : la banalisation en marche de l'égalité politique entre les hommes et les femmes." "...il faut que les enfants de France apprennent à se déprendre des préjugés et mesurent le relativité historique de ce qui semble aller de soi. Cela vaut pour le sexisme comme pour le racisme. Le respect entre les sexes est une dimension de l'éducation à laquelle je suis très attachée. Respecter l'autre c'est aussi se respecter soi-même; Eduquer c'est aimer, protéger, ouvrir au monde, c'est aussi poser et expliquer les bonnes limites, assumer les interdits qui structurent, pour que demain, nos enfants soient en mesure d'exercer leur liberté dans le respect d'autrui, hommes et femmes."
Vous trouverez également dans le livre une partie "Dernières questions pour tourner la page". Ainsi qu'une annexe "Comment ça marche la France de Ségolène Royal ?"
Je souhaite que vous trouviez autant d'intérêt que moi à lire ce livre , qui nous conforte dans nos choix et nous donne la certitude que nous "irons"...
le titre " Ma plus belle histoire, C'EST VOUS" par Ségolène ROYAL, chez Grasset.19,50 euros.
Sur www.segoleneroyal2007.net vous pouvez en lire la préface, ainsi que le plan détaillé .