Vendredi 20 mars 2009
5
20
03
2009
15:59
Depuis un cinquantaine d'années, pour ne pas remonter plus en arrière, les présidents français ont porté haut la langue française,
dans leurs discours ou leurs écrits, certains avec un amour évident de l'expression littéraire, d'autres avec la clarté et la pureté que donne la fréquentation assidue de notre fonds culturel
commun.
Depuis presque deux ans nous avons un président en "rupture" avec cette tradition. Quand il ne suit pas de près les textes qui lui ont été écrits mais sa pente naturelle dans
une formulation spontanée, on est souvent surpris.
On se souvient du succès de son "casse-toi pov' con" qui a sérieusement enrichi les slogans contestataires postérieurs... Répartie tellement plus primaire que celle de J.Chirac, qui entendant le
mot " connard " répondait avec esprit "Enchanté ! Moi c'est Chirac"...
On se souvient de sa sortie railleuse contre la présence de "La Princesse de Clèves" dans un programme d'enseignement. Il se trompait, le roman de Madame de La Fayette est un très beau
roman que le thème éternel du danger de la passion, et le choix final que fait la Princesse de sa "tranquillité" rendent universel.
On note d'ailleurs que depuis, le roman a dû être réédité, et qu'il est largement cité dans le questionnaire transmis par Télérama à cent écrivains actuels sur leurs dix livres
préférés...
Nous avons eu droit très récemment lors d'un discours devant les ouvriers d'une entreprise à un florilège d'approximations lexicales et syntaxiques. A croire qu'à force d'avoir entendu
marteler dans l'entourage du président et de sa bouche même que son parti était un parti populaire, on ne se dirige à grands pas vers ce qui est plus du populisme que le respect du peuple.
" L'écologie : c'est pas qu'y ait que des jardins !..."
" Je crois en mes convictions..."
" Avec l'allongement de la durée de la vie, y'aura de plus en plus de gens qui voudront partir faire des tours en croisière..."
Et le plus "beau" : " Si y'en a qu'ça les démange d'augmenter les impôts..."
Cela ressemble à de la bouillie pour les chats, non ? Où se cache encore la stature présidentielle...?
Quant à Benoît XVI, son discours est limpide, affirmé, sans ambiguïté. Il ne souffre aucune interprétation alambiquée. L' entendre, à la veille du Sidaction, sur le sol africain
continuer de prôner la chasteté et la fidélité comme seuls moyens de protection contre la contamination HIV, l'entendre dire que l'usage du préservatif non seulement ne protège pas du sida, mais
qu'il aggrave la contamination est tout à fait choquant. Quand ceci fait suite à la levée d'excommunication des intégristes de Mgr Lefèbvre, dont Mgr Williamson et son négationnisme, puis
récemment à l'approbation de l'excommunication par l'évêque de Recife des médecins et de la mère d'une petite fille de neuf ans, enceinte de jumeaux des oeuvres de son jeune beau-père qui la
violait régulièrement depuis trois ans et qui a été avortée , on est obligés de constater que l'Eglise catholique, avec ce Pape qui la conduit, n'est plus en phase avec l'évolution du
monde, que Benoît XVI est d'un autre siècle que celui dans lequel nous vivons. Et qu'il y a là de quoi considérablement troubler les catholiques.
Il y a vingt cinq millions de séropositifs en Afrique. On y est pauvre, sans grand accès aux multi-thérapies pour des raisons économiques, tenant en particulier à l'absence de démocratisation du
prix des molécules utilisées par les grands laboratoires pharmaceutiques . J'entendais aujourd'hui un intervenant du sidaction, lui-même séropositif, dire qu'il y avait renouvelé son
médicament habituel dont le coût est en France de 360 euros par un médicament générique fabriqué en Inde, pour 4 dollars ! Mais même 4 dollars pour l'un des médicaments de l'arsenal de
la tri ou quadri-thérapie, c'est hors de portée du malade africain moyen. Comme le seraient les préservatifs vendus au même prix qu'en Europe.
On y est soumis à des pesanteurs culturelles : la soumission des femmes, la polygamie, la liberté sexuelle des hommes, la précocité des pratiques sexuelles.
Hier soir "Envoyé spécial" sur France2 a proposé un reportage sur le Swaziland. Petit pays gouverné par un potentat, dont la moitié de la population, 500 000 sur 1 million d'habitants
est séropositive. Et qui compte 100 000 orphelins du sida. Si rien ne change, il n'y aura plus aucun Swazi en 2025. Le roi a de nombreuses épouses, qu'il fait tester avant de les épouser.
Lui-même se fait tester tous les six mois... Mais dans tout le pays il y a une conjonction mortelle : un total déni de la maladie (on y meurt de tuberculose ou autre, mais jamais du sida) et
la prolifération de divers pasteurs qui prétendent enrayer l'épidémie par la foi...
L'Afrique meurt du sida.
Et c'est là que le Pape vient réitérer l'interdiction de l'emploi du préservatif pour les catholiques ?
On ne guérit pas du sida. Aucun médicament ne tue le virus. Aucun vaccin ne protège de la contamination HIV. Les multi-thérapies permettent aux malades séro-positifs de retarder la déclaration de
la maladie. Et une échéance de vie plus reculée dans le temps. Mais au prix d'un traitement pesant, pénible, éprouvant. Jusqu'à la découverte hypothétique d'un vaccin, il n'y a que l'emploi
systématique du préservatif qui protège du sida. Soi-même, et les autres, puisqu'il y aurait, en France, 14 000 séropositifs qui s'ignorent...
Alors laissons le Pape à son dogme. Ce week-end c'est le sidaction, qui a besoin de dons, pour les malades, pour la recherche, pour l'information de prévention sanitaire. Un petit don, par
téléphone ou sur sidaction.org.
Les Français étaient nombreux dans les manifestations d'hier. Le gouvernement n' a rien entendu. A suivre.
Ségolène Royal s'est exprimée deux fois, hier sur RTL, ce matin sur France Info. Elle parle vrai et fort. A écouter sur le site national de Désirs d'Avenir (lien)
Scripte