Lundi 2 mars 2009
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Les Antilles ont, en premier lieu, été peuplées par des Amérindiens venus du continent
américain, les Arawaks et les Caraïbes. Au cours des siècles les seconds ont éliminé les premiers. Puis les colons blancs, venus au dix-septième siècle ont apporté les maladies, le travail forcé
et des méthodes tellement brutales vis à vis de ces travailleurs insuffisamment efficaces qu'ils ont éliminé les indiens caraïbes. On cultivait du tabac et un peu de canne à sucre qui venait d'y
être introduite. Jusqu'alors le seul moyen d'édulcorer les goûts amers ou acides était le miel.
Les colons ont voulu rendre extensive la culture de la canne à sucre. Le travail de la canne comporte de multiples manipulations pénibles et requiert une main d'oeuvre abondante. C'est ainsi que
les Français, parmi d'autres, se sont engagés dans la "traite" des esclaves. Les navires complétaient leur habituel commerce de matières premières, or, pierres, ivoire...etc avec celui des
Africains capturés sur place pour être vendus aux colons des Antilles, tout au moins pour ceux de la cargaison qui avaient supporté des conditions de voyage inhumaines.
L'Eglise catholique a fortement pesé sur le développement de cette pratique et sa justification. Il s'agissait en effet d'évangéliser le plus possible de non catholiques, afin d'en faire de bons
catholiques romains apostoliques.
C'est ainsi que dès leur acquisition par les maîtres des plantations, les esclaves perdaient leur identité, étaient baptisés et recevaient un simple prénom catholique. Ils appartenaient désormais
au maître de l'habitation (plantation). Selon leur affectation, aux champs ou à la maison du maître ils étaient plus ou moins bien traités, les domestiques étant généralement plus favorisés.
Colbert a commencé de rédiger en 1681 le Code Noir, qui a été publié en 1685, deux ans après sa mort, signé par Colbert fils et Louis XIV. Ce règlement avait pour but de protéger les
esclaves des Antilles françaises et d'éviter les abus à leur encontre.
Il établit un pouvoir quasi absolu du maître sur son esclave. Lequel n'est pas un homme, mais fait partie des biens meubles (art.44). L'esclave n'a aucun droit personnel. Tout ce qui le concerne
est décidé par les maîtres.
Il ne peut se marier qu'avec l'accord du sien et de celui de son futur conjoint. Les enfants nés deviennent esclaves. La plupart du temps, ils vivront nus, jusqu'à l'âge de 14/15 ans, entre le
dix-septième et le dix-neuvième siècle. Le maître doit aux esclaves plus âgés deux vêtements de drap par an.
Il doit nourrir ses esclaves. Deux mesures et demi de farine de manioc, ou deux cassaves (galettes de manioc) d'au moins 1kg 250 par semaine. Il lui est interdit de les remplacer par de la
guildive (du rhum).
L'esclave coupable d'un vol simple est passible des verges (fouet) et de la fleur de lis marquée au fer rouge sur l'épaule. Un vol qualifié peut être passible de mort.
L'esclave qui s'enfuit devient un "marron", un petit ou un grand marron selon la distance qu'il met entre lui et son maître.
Un esclave repris après plus d'un mois de fuite peut avoir les oreilles coupées et être marqué au fer.
Une première récidive lui vaut une marque au fer sur la seconde épaule et un jarret coupé. Une troisième fuite est punie de mort.
Le maître peut affranchir un esclave, de son vivant ou à son décès. Les enfants, éventuellement nés d'un couple affranchi(e)/esclave naissent esclaves.
Un affranchi du vivant de son maître ne devient pas pour autant l'égal d'un homme né libre. Il reste sous une sujétion morale vis à vis de lui, lui devant un respect particulier.
La couleur de la peau hiérarchise ainsi les rapports sociaux.
Les esclaves, les affranchis, les petits blancs, les "habitants"(les planteurs). Que ceux-ci soient nobles ou pas, ils sont l'aristocratie.
L'esclavage a été aboli une première fois en 1794, sous l'influence de l'Abbé Grégoire, soit plus de quatre ans après la Déclaration des droits de l'homme...
Il a été rétabli, ainsi que la traite, en 1802 par Napoléon Bonaparte, premier Consul.
La traite a été abolie, au Congrès de Vienne en 1815, par plusieurs pays, dont la France.
Et ce n'est qu'en 1848, sous la deuxième République, que Victor Schoelcher, sous-secrétaire d'Etat aux Colonies, signe l'abolition de l'esclavage en France.
On estime à 250 000 le nombre d'esclaves libérés à cette date aux Antilles françaises.Un volant de 30 000 nouveaux esclaves issus de la traite y arrivait dans les années "actives" ( 100 000 par
an au Brésil )
Comme Montesquieu l'a précisé avec ironie " Le sucre serait trop cher si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves" ...
Les planteurs ont été dédommagés pour chaque esclave libéré. On a "conseillé" aux anciens
esclaves de demeurer sur les habitations, avec leurs anciens maîtres, des décrets sur le vagabondage devant être promulgués...
On estime que dans la totalité de l'arc antillais (petites, grandes Antilles et côtes
américaines) entre 7 et 12 millions d'hommes ont été arrachés à leur pays pour devenir esclaves.
L'esclavage a été aboli par les Français autant pour des raisons philosophiques
qu'économiques. L'exploitation de la canne à sucre était coûteuse.
Au début du dix-neuvième siècle on a commencé de produire en Europe le sucre issu de la
betterave sucrière, à des conditions bien plus rentables...
La traite des esclaves a façonné l'histoire, la société et les rapports sociaux des Antilles
françaises. La Guadeloupe comporte environ 500 000 habitants, la Martinique autant.
1848, c'était avant-hier, c'était hier. Comment ne pas penser que ce sont les arrières-grands
parents, les grands parents des Guadeloupéens et des Martiniquais actuels qui ont vécu ces évènements qui se sont inscrits avec force dans la mémoire collective ? Comment ne pas penser que
dans l'interminable conflit qui oppose le LKP et le patronat en Guadeloupe il y a aussi face à face les fantômes des maîtres et des esclaves qui pèsent sur l'épaule des interlocuteurs de
tout le poids de cette mémoire jamais totalement entrée dans la clarté de la parole ?
Comment ne pas penser que dans la légèreté d'implication de l'Etat pendant ces longues
semaines, que dans la force de l'implication du peuple guadeloupéen, dont 10% est descendu dans la rue pour soutenir le mouvement - imagine-t-on un mouvement social soutenu en métropole par 6,5
millions de personnes dans la rue ? - , que l'arrogance du Medef local et des autres syndicats patronaux qui refusent de céder un pouce de terrain, en dépit des recommandations du Medef
national, il y a un reste de féodalité, un soupçon de lutte des classes, pour ne pas dire un arrière-goût d'irréductibilité de la caste, assise sur une couleur de peau ?
A entendre Willy Angèle, patron du Medef local et porte-parole des sept plus grands syndicats patronaux, ce serait abattre l'économie de la Guadeloupe que de généraliser l'accord conclu entre le
LKP et un certain nombre d'entrepreneurs. A qui fera-t-on croire que la participation des employeurs du quart de l'augmentation des salaires (inférieurs à 1400 euros), soit 50 euros - puisque
l'Etat prend à sa charge, pour plusieurs années, 100 euros, et les collectivités 50, sur les 200 euros objets de cinq semaines de négociation sur fond de grève générale - est incompatible avec ce
que l'on peut commencer d'apprécier des profits considérables réalisés par ceux qu'on nomme les "Békés" (ou Blanc Pays), tous cousins, descendants des anciens maîtres des plantations et qui ont
la mainmise sur la quasi totalité de l'économie ?
Il n'est pas béké, mais il en adopté les codes.
La raison de cette arrogance arc-boutée sur un refus viscéral ne se trouve-t-elle pas dans cette simple remarque qu'il a amèrement prononcée " le cumul des propositions satisfait la demande du
LKP " ?
Tout n'est-il pas dit ?
Ont animé ma plume : les propos de Myriam Cottias, notamment historienne du fait colonial au CNRS, entendue sur France Inter et la lecture du "Code Noir".
Pour en savoir plus :
Myriam Cottias : "La question noire" chez Fayard
Paul Butel : "Histoire des Antilles françaises" chez Tempus
Jean Meyer: " Esclaves et négriers" chez Gallimard-Découvertes.
Le Code Noir : http://pagesperso-orange.fr/yekrik.yekrak/codenoirtxt.pdf
Et pour revenir sur les interventions du précédent article :
V.Peillon chez K.Zero
http://www.dailymotion.com/video/x8hv2v_vincent-peillon-chez-karl-zero-2502_news
et en lieu et place de celle de F.Rebsamen, celle de M.Valls sur Europe 1 qui a fait "couler de l'encre"
http://www.dailymotion.com/video/x8hfrkx_itw-de-manuel-valls-250209_news
L'article de ce jour a été publié hier sur Désirs d'Avenir Essonne. Il est suivi d'une explication d'un Guadeloupéen sur les demandes en discussion, très intéressant.
Scripte